Turquie, non merci ! Le penser, c’est bien, comprendre pourquoi, c’est mieux. Que sont la Turquie et le peuple turc ? Quels intérêts l’adhésion de la Turquie à l’UE servent-ils ? Quelles en seraient les conséquences pour l’Europe ?
La Turquie actuelle s’est formée à partir des cendres de l’Empire ottoman suite à la Première guerre mondiale. L’Empire ottoman était un état théocratique comprenant 18 ethnies dont la seule cohésion était assurée par l’Islam. Cet empire qui, au XVIIe siècle, s’étendait de l’Algérie à la Hongrie en passant par la Perse et le Yémen, ne va ensuite cesser de décliner jusqu’à l’issue de la Première guerre mondiale où il se trouve dans le camp des vaincus.
Son dépeçage est alors décidé par le traité de Sèvres, ce qui va réveiller le nationalisme turc sous l’impulsion de Mustafa Kemal Atatürk. Il repousse les forces européennes d’occupation et crée la République de Turquie en 1923. Considérant que l’islam a étouffé la nation turque, s’appuyant sur l’armée, il en fait un état laïc et surtout ethniquement homogène par déplacement de populations. Il va également purifier la langue turque (suppression du vocabulaire arabe et persan), adopter l’alphabet latin et valoriser le shamanisme, religion des Turcs anciens originaires d’Asie centrale. Ses modèles seront l’URSS et l’Italie fasciste. A noter que cet état est dit laïc car la liberté de culte y est constitutionnelle mais les religieux sont tous des fonctionnaires d’état, ce qui permet de mieux encadrer la religion et donc la population.
Après la Seconde guerre mondiale, la Turquie, vue comme un des derniers vestiges autoritaires des années 30, se voit imposer la démocratisation de ses institutions par les Anglo-saxons. Depuis, la Turquie a connu 4 coups d’état orchestrés par l’armée. Pourquoi cela ?
Bien que l’ensemble de la population turque soit attaché à son identité nationale, celle-ci se divise grossièrement en deux groupes : d’une part, les Turcs blancs (20% de la population) descendants des populations européennes islamisées auxquelles appartiennent la majorité des élites (dont Mustafa Kemal) et, d’autre part, les Turcs noirs issus des populations asiatiques musulmanes qui représentent la Turquie populaire. Les Turcs noirs parvenant systématiquement au pouvoir par la voie démocratique, celui-ci fut repris par l’armée détenue par les Turcs blancs à 4 reprises.
Intérêts servis par l’adhésion de la Turquie à l’UE :
- Les premiers intéressés sont les Turcs noirs : après s’être longtemps opposés à l’UE, ceux-ci ont compris que les critères d’adhésion à l’UE limitent le pouvoir de l’armée. De plus, l’UE a un effet décentralisateur qui réduirait d’autant plus l’emprise des élites sur le pays.
- Fervents partisans de l’adhésion également : les Etats-Unis. Pour eux l’idéal serait que les frontières de l’UE correspondent à celles de l’OTAN (dont la Turquie est membre depuis 1952). De plus, cela atténuerait la puissance de l’Europe en cassant son unité civilisationnelle et enfin apporterait la stabilité politique à cet important carrefour énergétique.
- Pour finir, beaucoup d’Occidentaux considèrent l’adhésion de la Turquie comme une vitrine islamiste modérée qui permettrait d’atténuer le choc civilisationnel.
Conséquences pour l’Europe :
- Des frontières avec l’Irak, l’Iran, la Syrie et la Géorgie
- Un pays avec 25% de sa population sous le seuil de pauvreté
- Une population à 3% de croissance démographique, qui en ferait en 2030, l’Etat le plus peuplé d’Europe, donc possédant le plus de voix au parlement européen
- Des frontières ouvertes qui verraient une immigration de masse encore plus forte qu’elle ne l’est déjà en Europe de l’Ouest
- Le spectre d’un élargissement sans fin : après la Turquie, pourquoi pas l’Irak ? L’Iran ?
- À ceux qui reprochent à l’UE de vouloir rester un club chrétien, rappelons que la Turquie est un club exclusivement musulman (99% de la population) qui appartient à l’Organisation de la conférence islamique
Pour conclure, il est clair que le jeu des politiciens européens actuels est de refuser timidement l’adhésion de la Turquie pour aller dans le sens du peuple, et une fois celle-ci ayant modifié suffisamment ses institutions, nous présenter un rejet de celle-ci comme moralement inacceptable après tous les efforts consentis par les Turcs. C’est pourquoi nous devrons sans cesse rappeler à nos dirigeants technocrates que l’Europe n’est et ne sera jamais une entité juridique sans âme mais un ensemble de peuples attachés à leur terre possédant une unité culturelle et civilisationnelle.
Thibault