
Le militant identitaire doit construire sa vie, s’orienter et se former. Il doit, en un mot, faire des choix. De tous, dans un monde où la reconnaissance sociale passe par le travail, celui de l’activité professionnelle demeure le plus important. Si nous n’avons pas vocation à donner des conseils à ce sujet là, nous ne pouvons qu’attirer l’attention sur l’importance de cette décision, qui en conditionnera beaucoup d’autres. Aussi, à défaut de directions à indiquer, au moins pouvons-nous donner celles à éviter. Et il existe un monde de ténèbres qu’il convient de contourner à tout prix : l’entreprise multinationale. “Combattre le système”, comme on l’entend souvent, est parfaitement louable à condition de clairement le définir.
Or, la multinationale, dans sa logique de fonctionnement et dans l’objectif qu’elle s’est fixée, s’avère être un parfait concentré des maux de cette modernité qui nous écœure.
Si l’on affirme à juste titre que le pouvoir n’appartient plus au “Politique”, cet homme qui faute de volonté devient le simple gestionnaire d’un environnement qu’il subit, alors on doit se poser clairement la question de sa localisation exacte : où se situe le pouvoir et qui le détient ?
Incontestablement, les dirigeants des multinationales, regroupés en puissants lobbies et réseaux d’influence, en sont les acteurs majeurs. Il suffit de jeter un rapide coup d’œil aux structures décisionnelles des entreprises françaises du CAC 40, les fameux Conseils d’Administration, pour voir qu’ils sont composés à peu près des mêmes personnes. On peut ainsi figurer au CA du Crédit Agricole en même temps qu’à celui de L’Oréal, deux entreprises aux activités a priori différentes… mais à l’objectif final partagé : le lissage planétaire pour une rentabilité optimisée. Pour réaliser ce funeste projet, les multinationales possèdent – au sens propre du terme – des alliés de choix : d’une part, les médias, usant de leur moyen de propagande favori, la télévision, pour diffuser, via un véritable tabassage cathodique, l’idéal global du “doux commerce”; et d’autre part les hommes politiques, souvent intimes avec les dirigeants d’entreprise, censés gérer les réactions épidermiques locales générés par les manipulations planétaires auxquelles se livrent leurs amis.
Tout est en place. Dominer le monde pour façonner l’homme nouveau, l’homo oeconomicus, et instaurer une politique de métissage culturel et ethnique : voilà l’objectif de la formidable machine à broyer les spécificités, les frontières et les sentiments d’appartenance dont les “grandes entreprises” constituent la tête de pont. Au cœur de la machine, toutes les forces sont mobilisées. Les “ressources humaines” et techniques sont exploitées, déplacées, optimisées pour l’effort de guerre. L’homme, quand il n’est pas remplacé par la machine, est en effet considéré comme un bien, une “ressource” à utiliser puis à jeter aux oubliettes (aujourd’hui pudiquement baptisées “la retraite”). Parmi eux, deux catégories sont à distinguer : l’ouvrier et le cadre. Pardon, le “manager”.
Dans les firmes européennes, l’ouvrier, c’est bien simple, est tout bonnement amené à disparaître. L’extinction de cette race de gueulards syndiqués est méthodiquement planifiée par nos élites. La “France sans usines” est un des rêves de ses gouvernants, qui font aujourd’hui timidement semblant de vouloir inverser la tendance sous la pression populaire. Partout en Europe, les sites de production disparaissent, les usines ferment leurs portes. Localement, c’est vécu comme un drame (manifestations violentes, blocages, séquestrations etc.) car bien souvent le site de production garantissait une création d’emploi locale. A tel point que certaines villes ont vu leur développement architectural et social articulés autour de l’usine, poumon économique de tout un secteur (on peut établir le parallèle avec celles qui se sont construites autour de casernes militaires, qu’on démantèle d’ailleurs de la même façon). Au “sommet”, le phénomène est a contrario vécu comme une libération. Les boulets contre-rentables que constituent nos vieux sites de production sont détruits un par un, méticuleusement. Leur extinction est bien souvent sournoisement “packagée” dans un “plan social”. Et l’ouvrier valenciennois de 53 ans de se voir proposer un poste à Toulouse (quand ce n’est pas une destination plus exotique). Le plus dur a été de justifier ces plans sociaux et pour cela, rien de meilleur qu’un contexte de “crise” exagéré et ressassé sans relâche par les fidèles toutous journalistes. Plus facile d’accepter ces décisions quand on sait que “c’est la crise”.
Qui va donc remplacer, à part les machines, ces travailleurs européens, trop coûteux, trop syndiqués, trop cultivés, qu’on cherche à éradiquer pour plus de bénéfices ? Car malgré tous les efforts, il sera compliqué de n’avoir aucune force de production près de chez nous. Pour maintenir une production “locale”, le travailleur immigré constituera un excellent palliatif : moins cher, plus malléable, prêt à tous les sacrifices pour toucher du doigt l’eldorado. Son arrivée massive contribue à baisser les coûts et les salaires, et donc à maximiser les profits in fine. Quant au reste de la force de production, il sera “délocalisé” là où le coût du travail est moins cher, beaucoup moins cher, en Chine (la nouvelle “usine du monde”) et en Asie du Sud-Est principalement. Sans évoquer les catastrophes écologiques inhérentes à cette obsessionnelle course au gain, voilà à quoi joue l’hyper-classe sur le grand échiquier mondial.
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