Posséder l’essentiel
Categorie(s) : Chroniques, par Martin

Je perds mes cheveux. Un truc de dingue, je n’ai que 22 ans et je commence déjà à me dégarnir. C’est pas encore la catastrophe, mais ca m’emmerde déjà pas mal. C’est vrai quoi, mon « sex appeal » va y perdre, sans compter la perte de confiance en soit. Déjà tout petit, je perdais ce qui m’appartenait. La liste serait trop longue à énumérer : cartable, maillot de foot tout neuf acheté pour mon anniversaire, livres…
Je perds mon travail. A peine la cinquantaine, et malgré ma forme, je suis mis dehors. Vingt ans de fidélité et d’engagements pour une boite qui, en un entretien procédural, m’a flanqué à la porte.
La faute à la crise, aux délocalisations pour cause de compétitivité, au dumping social ou aux actionnaires plus gourmands qu’à l’ordinaire cette année.
A mon âge, pas certain de retrouver un bureau à part ceux du Pole Emploi…
Je perds de l’argent. Ca marchait bien pourtant ces placements à rémunération certaine sous réserve que le chiffre d’affaire prévu soit atteint. Mais non, pas cette année. Du coup, nos économies y sont en partie passées. Du coup, les enfants n’iront pas à la mer cet été.
Je perds mes dents. Et un peu la mémoire aussi. J’ai 83 ans aujourd’hui. La tête, ca va à peu près, mais alors le reste, tout fout l’camp ! M’enfin, c’est comme ca, mais bon, je vais vite en avoir assez de manger des aliments mous.
Je perds la vie. A 3 ans. 20 ans. 60 ou 100 ans. La seule certitude donnée à ma naissance : ma mort.
La vie est faite ainsi : nous ne possédons rien en réalité. Tout n’est que passage, tout est un jour repris, balayé ou oublié. Votre carte du crédit, c’est du vent. Votre sécurité, c’est du vent. Vos assurances, du vent. Rien ne résiste à cette loi naturelle et immuable qu’on appelle la vie. Et son corolaire, la mort.
C’est pour cela qu’il nous reste une chose, la seule qui est vraiment un sens : être. Posséder l’essentiel, c’est être. Être de quelque part, être croyant, être engagé, être serviable, être marrant, être musicien, être comédien, être à l’écoute, être attentif, être curieux, être amoureux… Être aimé. Ca compte aussi et c’est souvent ce qui nous reste une fois les poches vides.
N’ayons pas peur de retrouver la réalité du mot être en ces temps de possession fictive. C’est aussi notre combat.
Pierre-O








































