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Nous sommes toujours là

Categorie(s) : Chroniques, par Alain

Nous le répétons depuis de nombreuses années : condamné à l’exode imposé par des prix immobiliers prohibitifs, atomisé par l’individualisme et la vie de bureau tertiaire, abruti par le consumérisme sans limite, tétanisé par l’ultra-violence des bandes ethniques, le peuple de Paris est en train de mourir. Et cela fait mal de le voir, ce corps si vivant, si rebelle et romantique par le passé, se tordre de douleur sur son lit, attendant sa dernière heure.

Un peu comme les entrailles d’une panse saignée à vif qui se deversent et s’épandent, le peuple de Paris s’est retrouvé disséminé aux quatre coins de sa “Région”, devenue une mégalopole difficilement supportable. Trahi par leurs “élites”, les parigots, titis et autres pantruchards voient leur lente agonie toucher à sa fin. Nos gouvernants ont sorti notre ville de l’histoire, et l’ont emmené avec eux dans leur chute morbide. Car celui qui tombe, le décadent, n’accepte jamais de tomber seul. Le suicide sera collectif ou ne sera pas.

L’ayant vidé de son passé fondateur et civilisationnel, ils ont ainsi imposé à Paris comme au reste du monde un avenir indiscutable et tout tracé, fondé sur la complémentarité nécessaire entre croissance économique illimitée et métissage obligatoire. La question vient donc naturellement pour ceux qui, comme nous, habitent à Paris ou dans sa région. Que signifie dans ce chaos être “parisien” ? Peut-on encore se dire “fier d’être parisien” ? Doit-on penser, de gré ou de force, que Paris c’est donc cela, ce tableau répugnant dont toute personne normalement constituée se demande comment il peut susciter une quelconque sympathie ?

A ce stade de la réflexion, il y a lieu de faire la différence entre “réalité” et “vérité”. De distinguer le Paris réel et d’aujourd’hui, qui colle à la modernité et dont la principale définition est le métissage racaillo-festivo-consumériste, d’avec le Paris vrai, de toujours, identitaire, enraciné et populaire. Car force nous est de constater qu’aujourd’hui il y a bien deux façons d’aimer Paris, qui s’alignent directement sur la dichotomie fondamentale entre Paris réel et Paris vrai. On aime l’un ou l’autre. Aucune pirouette intellectuelle malhonnête ne saurait les rendre compatibles ou liés, tant la fracture est évidente entre le “monde moderne”, dont Charles Péguy décrivait déjà les “conditions (…) si absolument nouvelles”, et le monde “traditionnel”. Le second est la négation parfaite du premier, et vice-versa. “Tradition” et “modernité” sont les pires ennemis, absolument opposés.

Là se situe le point chaud, la bataille, je dirais même la guerre, entre deux conceptions de la vie, deux manières de concevoir le Beau, entre deux façons d’aimer en fait.

Certains, nous les appelerons “bobos”, apprécient ou font mine d’apprécier, par trahison ou confort intellectuel, le Paris d’aujourd’hui, fort de ses “150 ans d’immigration” (dixit la propagande de la Mairie de Paris), son métissage, son cosmopolitisme, ses “quartiers aux mille saveurs” résultats d’un grand brassage forcément postitif et synonyme de “progrès” ou “d’avancée”.

D’autres, plutôt de banlieue, aiment le Paris d’aujourd’hui pour son apreté, sa dureté, le fait qu’on y trouve des “oufs”, des “truands” et des cités, où l’on y “nique” allégrement la Police et tout plein de monde. A grands coups de rap et de violence gratuite, ils rappellent avec fierté que Paris est à la pointe de la sauvagerie.

Ces deux fesses d’un même postérieur anti-traditionnel et révisioniste (d’ailleurs les premiers ne cessent de protéger politiquement et de minimiser les méfaits des seconds) sont regardés et admirés par leurs petits frères de Province : on pense ainsi aux bobos lyonnais, dont la Fête des Lumières, totalement dévoyée, est parfaitement digne d’une “Nuit Blanche” parisienne, arrivant maintenant presque à la hauteur de leurs modèles festifs parisiens. On pense à tous les “sauvageons” des cités de Province qui essaient de mimer les singeries de leurs modèles “parisiens”.

A tous ceux-là s’opposent ceux qui n’oublient pas. Pour nous, Paris n’est ni un modèle ni un exemple à forcément suivre, ni un jouet ni une abstration politique, mais simplement une Vérité. Simplement notre identité, et notre lieu de vie. On ne parle pas de cette vie asceptisée à rollers, entre deux tramways et deux sushis, mais d’une vie de quartiers, de commerces, de bistrots, d’Eglises et de petites entreprises.

Malgré tous les efforts d’effacement, malgré le pilonnage hystérique du système sur la Tradition, malgré le travail de sape quotidien, 24h sur 24h, de chacun de nos pilliers civilisationnels, et malgré, il faut bien le dire, les tentatives d’intimidation, notamment la calomnie et la délation absolument lamentable à laquelle se livrent toutes les officines de la bien-pensance… nous n’oublierons pas. Nous ne laisserons jamais tomber notre ville. Voilà pourquoi nous exerçons incontestablement une sorte “d’attraction – répulsion” envers les admirateurs, honnêtes ou non, du Paris d’aujourd’hui. Nous sommes leur pire cauchemar, l’objet de leur haine. Nous sommes ceux qui réécrivent sans cesse la page qu’ils s’acharnent à gommer.

Oui, l’important est de transmettre, toujours transmettre, de perpétuer la Tradition, de la faire vivre à travers le temps. Chatelêt et les Halles ne sont défigurées que depuis 40 ans… mais avant cela, pendant des siècles, elles ont été autre, lieux de vie et d’histoire rattachés jusqu’à la grande rupture moderne à un fil identitaire jamais rompu, traversant les époques, les conflits et les ressacs d’une histoire que nous assumons.

Et qu’est-ce que 40 ans aux yeux de l’histoire ? Pour les modernes, c’est énorme. C’est la moitié de leur petite vie de dépressif, devenue centre obsessionnel de leurs préoccupations. Mais pour nous qui voyons loin, en arrière et en avant : cela n’est que poussière. Nous devons savoir que tout n’est pas figé, que tout peut renaître et qu’il n’y a jamais de fatalité. Concrètement, nous devons être capables, le temps de certaines manifestations, de certains événements, d’oublier les querelles de clochers et de nous unir.

“Je n’oublie pas ! Malgré ta haine, je n’oublie pas qui je suis !”

Voilà ce que clameront, en choeur, les participants à la Marche de l’association Paris Fierté en l’honneur de Sainte Geneviève, sainte patronne de Paris, le 9 janvier 2011.
Venir à cette marche unique en son genre n’est ni un acte militant, ni une besogne contraignante, et certainement pas le symbôle d’une appartenance officielle à telle ou telle formation politique.
Y venir en famille et avec la joie de vivre, c’est tout simplement montrer à tous ces révisionnistes haineux qui pensent avoir gagné un peu trop vite que nous sommes toujours là, nous, les parisiens de toujours.

Simon Charles

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