La géopolitique, maladie infantile du militantisme
Categorie(s) : Chroniques, Histoire de Pantruche, par Frederic

La géopolitique est le papier tue-mouche du militantisme. Abordez le sujet et vous attirerez à vous tous ceux que le milieu militant compte de plus pénibles (de l’extrême centre aux communistes libéraux du centre-droit, prendre la deuxième à gauche puis tout droite). Et que je te parie que l’Iran va mettre à l’amende les ricains, que les palestiniens (ou israéliens selon) sont les sauveurs de la civilisation européenne, que le soutien aux yoghourts chers à Kouchner est primordial au nom des doigts de l’homme, que si on avait l’Euro-Sibérie de Brest à Vladivostok on verrait ce qu’on allait voir. Et demain on rase gratis.
On parle géopolitique comme l’on joue une partie de Risk, la bonne humeur en moins. La propension des milieux politiques français à se solidariser des combats les plus lointains et à juger ses congénères avant tout en fonction de ses soutiens et ennemis fantasmés est une hérésie. Mais chien qui aboie ne mord pas. Pratiquer la géopolitique ne coute finalement pas grand-chose. Elle est même pour beaucoup une excuse à la lâcheté, à l’immobilisme et à l’échec. Cette science ne possède pas la juste place qu’elle devrait avoir, parmi bien d’autres sujets. Elle est pratiquée jusqu’à la nausée. Passez une journée avec un branlologue et vous vieillissez d’une année. Au secours, la géopolitique est la maladie infantile du militantisme.
S’il faut impérativement la pratiquer, dressons un bref état des lieux de la géopolitique pantrucharde. Le sujet est vaste, et nous nous limiterons dans un premier temps à la situation intra-muros. Paris est composé d’une centaine de quartiers avec leurs spécificités propres. Les habitants y sont pour la plupart attachés et revendiquent leur appartenance à tel ou tel quartier. La ville est de prime abord une mégalopole, mais aussi une juxtaposition de villages très hétérogènes. La spécificité d’un quartier est un savant dosage politique, social, religieux, communautaire et de plus en plus ethnique.
Il reste peu de quartiers marqués politiquement avec une présence militante notable. Pour simplifier à l’extrême si vous êtes de droite nationale, vous trainez les pieds à « La Motte » tandis que si vous êtes d’extrême gauche, vous privilégieriez « Ménil ». Ces derniers restent plutôt des survivances d’un ancien état de fait. Bars et restaurants, magasins et locaux, chacun s’est construit son réseau. Les politiques blanchissent votre linge, préparent votre nourriture et veillent sur vous pendant que vous dormez et vous passez sans le savoir. Alors ne déconnez pas avec eux.
Le critère religieux reste présent. L’église a toujours été le centre de la vie du quartier. Quelques quartiers du 15ème ont leur communauté catho tradi. Autour de Simplon, les orthodoxes battent le pavé. Une mosquée ouverte s’accompagne d’une emprise immédiate sur les rues avoisinantes. Le critère social reste important, certains quartiers comme Passy sont des ghettos pour privilégiés. Le critère ethnique a fait son apparition plus récemment. Il est en passe de devenir le plus important. A Château-Rouge, vous n’aurez ainsi que certaines ethnies originaires d’Afrique noire. Porte de Choisy, vous entrez en territoire asiatique. Barbès reste maghrébine, la gare de l’est indienne ou tamoule, etc…
Les sociétés multiculturelles provoquent forcément plus de conflits. Des luttes sourdes pour le monopole de tel ou tel quartier sont à l’œuvre. Ainsi la communauté asiatique aura réussi à évincer en grande partie la population maghrébine de Belleville. La population juive des Buttes Chaumont est en train de fuir la « diversité » pour aller trouver refuge dans certains coins du 17ème ou du 12ème. Les gitans terrorisent au fusil des bandes ethniques à Raymond Losserand.
Mais le pire de tout reste d’être privé de communauté. L’individualisme se paie cher en 2009. L’appartenance à une communauté ouvre des droits et se paie de devoirs. Certains sont plus égaux que d’autres pour trouver un logement, un emploi, une formation ou pour garantir la sécurité de tous. Une communauté vivante n’enferme pas mais permet l’épanouissement de ses membres. Malheur aux ermites urbains, ils ne pèseront pas bien lourd pour les prochains combats.
Pour tout le reste et tous ceux qui veulent étudier sérieusement la géopolitique, il y a Chauprade.













































Le 3 août 2009 à 14 h 02 min
Bien dit !