Bruant, rebelle parisien et patriote
Categorie(s) : Citations, Histoire de Pantruche, par Frederic
Quand l’orchestre de Ménilmontant fait la promotion d’un artiste patriote et chauvin…
[Paulo, son fils spirituel remplaçait son propre fils mort lors de la 1ère guerre mondiale. L'attitude de Paulo lors de la guerre] comblait le patriote qui continuait de vibrer en lui malgré le deuil. Curieux, d’ailleurs, ce mélange d’anarchisme, de socialisme, de bellicisme, d’esprit cocardier exacerbé, de goût du sacrifice (« on avance. La mitraille fait la part de la bataille. On enjambe les mourants. Gloire à celui qui succombe ! ») chez le « chansonnier populaire » ! (Tenant à ce qu’on le considérât de la sorte, Bruant avait inscrit ces mots sous son nom sur la plaque de sa maison rue Cortot : le « chansonnier populaire ». Curieux ? Est-ce bien sûr pour un homme qui avait eu 19 ans en 1870, un homme chauffé à blanc par la haine du Prussien ? On se fait « le chantre des Joyeux des bataillons disciplinaires, des voyous et des gigolettes », on dégote du « pathétique chez la crapule », on célèbre les truands et les marginaux, on chante « d’une voix d’émeute et de barricade à dominer le rugissement des rues un jour de révolution, une voix qui vous rentre dans l’âme », on s’émeut « de la désolation du bas peuple vautré dans la fange parce que la société égoïste l’y a mis », on répercute « le cri de ceux qui meurent de faim, le cri de c eux qui ont roulé dans le ruisseau parce qu’on les y a doucement poussés, parce qu’ils y sont nés, parce qu’on ne veut pas les en sortir afin de pouvoir encore tonner contre le vice inhérent au cœur de l’homme », et on chérit l’armée, sa discipline ! N’en doutons pas : le rebelle était pour la revanche et l’ordre établi. Pour lui, « le mot France était le plus beau du monde », comme le dira un jour Joseph Kessel.
Louis Nucéra in Les Contes du Lapin Agile








































