Il faut jeter la première pierre
Categorie(s) : Chroniques, Histoire de Pantruche, par Frederic

Bon courage à celui qui veut lire sur Paris. Et pourtant, désormais, pas une seule grande librairie sans un rayon dédié à Paris. C’est que cela doit permettre aux éditeurs de se faire quelques billets. Mais ces rayons ont quelque chose de désespérant. Vous pouvez cherchez, fouillez, vous ne trouverez que des bouquins sur des pierres et des monuments. Au milieu de tout cela, il ne semble pas y avoir âme qui vive.
Quelle gageure. Paris est une des villes les plus densément peuplées. Il y a des millions d’habitants sur peu de superficie. La quantité de livres sur ses habitants et leurs mœurs est pourtant inversement proportionnel à ceux sur ses pierres. De l’homme ou du minéral, c’est un très ancien problème de priorité parisienne. Déjà lors du drame de la commune en 1871, un camp s’offusque de l’incendie des Tuileries lorsque l’autre s’alarme du sort des communards, exécutés comme des chiens pour des milliers d’entre eux et déportés vers les bagnes pour les plus chanceux. Les barricades n’ont que deux côtés ?
Vous êtes un archéologue en 2098 et vous découvrez qu’il existe une documentation infinie sur les immeubles haussmanniens, les passages couverts ou la tour Eiffel. Par contre, vous pouvez toujours vous gratter le crane pour savoir si des gens y habitaient.
Paris est devenue une ville musée et cela s’en ressent jusque dans les œuvres de ses thuriféraires. Pas un bouquin pour expliquer comment peut-on encore vivre à Paname, encore moins un guide qui parle autre chose que d’architecture. Cela est pratique pour le tourisme, remarquez. Les pierres, cela ne gueule pas, cela ne risque pas de faire fuir le visiteur qui doit se délester de ses devises. Le parisien il (ne) vaut mieux (plus) l’avoir en journal. Il y avait peu encore, le parisien était suggéré avec son béret et sa baguette. C’était irritant, peu flatteur mais c’était encore la preuve d’une trace de vie humaine dans cette ville. Dans la nouvelle tour de Babel invivable, il n’y a plus rien.
Pour ceux qui veulent néanmoins savoir, il faut du courage, de la patience et de la volonté. Voici ceux qui m’ont fourni les clefs pour comprendre une partie du mystère parisien. Si il ne fallait en garder qu’un, cela serait assurément Je me souviens de Paris de Claude Dubois. Pas un n’a su retranscrire comme lui la spécificité du peuple de Paris et faire ressortir son identité en si peu de pages. Et je prie pour qu’il nous ressorte encore quelques perles. Il y a eu avant lui, Louis Chevalier qui relata si bien l’assassinat de Paris que fut la destruction des anciennes halles de Paris. Des halles qu’un Robert Lageat, ce catcheur qui voulut relancer le Balajo, raconte amoureusement dans ses mémoires. Il y a aussi Bob Giraud qui raconte les personnages attachant du quartier Latin dans le vin des rues. Il y a enfin Alain Paucard, l’écrivain de nationalité parisienne , qui parle de nos compatriotes avec tendresse et humour.
Pour des choses un peu plus ancienne, on peut encore lire un Albert Simonin, auteur de « touche pas au grisbi », qui raconte son début du 20ème siècle. Pour plus de précisions, il faut lire le témoignage de Jacques Valdour, catholique social proche de l’action française, qui décrit avec une réelle empathie les conditions de l’ouvrier parisien entre les deux guerres.
Il y a aussi des historiens de Paris plus officiels. Hier un René Héron de Villefosse, aujourd’hui un Alfred Fierro. Leurs ouvrages sont certes plus scolaires, mais toujours précis et soignés.
Et puis il faut chercher, au détour de quelque roman (lire Eugène Dabit, lire Blondin), de quelque biographie (lire Sainte Geneviève, Cartouche, Milord l’arsouille ou Vallès), l’indice ou le détail qui nous renseigne sur la pensée et les coutumes du peuple parisien.
C’est toute la frustration de l’amoureux de Paris que de n’avoir une somme sur son peuple. Ecrire et rassembler notre passé éparpillé mais surtout conter notre présent pour que nos enfants ne soient pas de simples et stupides adorateurs de pierres.
Frédéric













































Le 17 juin 2009 à 15 h 51 min
Lisons Louis-Ferdinand Céline !
Le passage Choiseul, où il a grandit, Montmartre, etc…
Sinon deux lectures sympathiques :
Je me souviens de Paris de Claude Dubois.
ou encore Je me souviens des Halles de Josette Colin.