CR – La nouvelle question russe
Categorie(s) : Actions, Formation, par WillyGan
Pour nous conduire à une réflexion sur “la nouvelle question russe”, Pascal Lassalle a posé comme problématiques de départ la perception par l’Europe de son identité dans ses rapports avec la Russie, et d’autre part la perception par la Russie de l’Europe.
Les moments historiques dans lesquels s’inscrit la création de la Russie sont importants pour comprendre le ressenti actuel de la Russie par rapport à l’Europe, ainsi que les fondements de l’identité russe.
Pascal Lassalle détaille ainsi plusieurs moments clés pour la compréhension de la Russie.
L’origine de ce qui deviendra la Russie, et que l’on appelle la “Ruthénie de Kiev”, fait l’objet de plusieurs approches historiques. Une première approche consiste à se référer à une histoire commune russe selon laquelle les “Vieux Russes” se seraient séparés en plusieurs branches, les “Grands Russes”, les “Petits Russes” et les “Russes Blancs”, occupant chacun une position géographique distincte. Cette approche est contesté par Pascal Lassalle au profit d’une approche alternative introduisant l’étude des “ethnos”. Cette seconde approche distingue ainsi la présence de plusieurs ethnies parmi lesquelles on distingue les slaves au centre de la Ruthénie, le finno-hongriens aux alentours, et d’autres ethnies comme les Sarmathes au sud et les Varegs au nord. L’historien souligne les aléas de cette approche en indiquant qu’il est possible que la Ruthénie soit nées suite à un rapprochement entre Slaves et Varegs.
Le premier temps de la réflexion se porte sur la création de la Ruthénie de Kiev par des princes rivaux, laquelle est décrite comme le “moment européen de la Russie”. En effet, la Ruthénie, alors situé sur les États actuels d’Ukraine et de Biélorussie, se compose de plusieurs principautés, deux villes centrales que sont Kiev et Novgorod, et est porteuse d’une ambition colonisatrice pour les terres situées en périphérie. Les Principautés de la Ruthénie bien que concurrentes cohabitent à la manière des seigneuries françaises, et bénéficient d’importantes relations diplomatiques avec l’extérieur.A cette construction succède un second temps marqué par l’arrivée des Mongols, notamment avec la prise de Kiev en 1240. Ces invasions provoquent un bouleversement de la conception politique des princes russes. Le modèle européen est abandonné au profit d’un pouvoir despotique dans lequel le souverain détient l’ensemble des droits et peut donc priver toute personne de ceux-ci selon les relations qu’elle entretient avec lui. A cette époque s’opère aussi la cristallisation de Moscou, la “Moscovie”, et on observe la séparation des futurs États d’Ukraine et de Biélorussie, ainsi que la formation des royaumes de Pologne et de Lituanie. La victoire d’Ivan III sur les Mongols, puis les conquêtes territoriales menées par Ivan IV dit “le Terrible” marquent encore aujourd’hui l’identité russe. On notera aussi l’émergence d’un des héros nationaux, Alexandre Nevski, reconnu pour ses victoires au bord du fleuve Neva aussi bien sur les suédois que sur les chevaliers teutoniques.
Mais cette période d’essor se termine avec la disparition des “princes Varègues”, et une période de “Troubles” y succède. Communément appelée “SMOUTKA” par les russes, la période des Troubles est reprise par l’idéologie politique pour décrire les menaces ou déstabilisations résultant de pressions extérieures.
La question de la position russe au sein de l’Europe est apparente sous le règne des Romanov, et continue à se poser depuis. La dynastie des Romanov marque la Russie par sa grandeur, et termine de consolider l’Empire russe, les Tzars ressentent une concurrence directe venue d’Europe et entament de nombreux projets de modernisation des ports et de l’urbanisme notamment. La russophilie se développe en France au XIXe siècle, mais la question de l’appartenance ou non de la Russie à l’Europe continue d’être posée sans qu’une réponse claire y soit apportée. La conception de l’Empire par la Russie, contrairement à la conception classique du terme, consiste en une approche centralisée du pouvoir et visant à éliminer les caractéristiques des populations y étant incluses afin d’obtenir une russification de celles-ci par la langue, la religion et la culture, entre autres.
La révolution rouge de 1917 modifie la conception de l’identité Russe. Staline se réidentifie à la tradition de l’Empire Russe, mais en y incluant la notion centrale du soviétisme. Encore aujourd’hui, relève Pascal Lassalle, il est difficile pour un russe de dissocier la partie de soviétisme de la conception qu’il a de son identité.
L’éclatement de l’URSS en 1991 est marqué sur le plan géographique par la rétractation de la Russie et de sa sphère d’influence. Alors que Boris Eltsine plonge un peu plus la Russie dans une période d’incertitudes, Vladimir Poutine cherche à renforcer son encrage historique car au delà de l’effondrement du système communisme, l’éclatement de l’URSS géographique est perçu comme un mal.
A travers cette présentation Pascal Lassalle cherche à nous montrer le fondement à la fois patriotique et impérialiste de l’identité russe, et nous conduit à penser notre identité européenne dans ce rapport avec la Russie.
La distinction entre le concept de “Ruski” qui désigne l’élément russe et celui de “Rossijski” qui désigne l’appartenance à l’empire de Russie est ainsi révélatrice de la volonté impérialiste encrée dans la conception de l’identité russe.
Par ailleurs, on peut relever la crainte de l’encerclement qui marque la Russie dans ses relations avec l’extérieur. Forte d’une histoire marquée par les luttes successives avec ses voisins, la Russie se consolide, mais gagne dans cette peur du voisin potentiellement envahisseur ou moteur d’éclatement.
La vision de l’identité Européenne se doit donc d’être affirmée par rapport à la Russie, à la fois sur un plan civilisationnel et sociétal.
Pascal Lassalle analyse l’approche de l’Europe par rapport à la Russie comme insuffisamment affirmée, et parle d’un “impératif d’affirmation de la civilisation européenne”. Il déplore à cette occasion l’abandon des États Ukrainiens et Biélorusse en soulignant leur appartenance à la civilisation européenne.
Pascal Lassalle terminera son exposé en posant cette question : la Russie, marquée notamment par une crainte historique de l’encerclement et de la “menace extérieure”, pourra-t-elle un jour jouer le jeu d’une Europe solidaire et unie ou bien restera-t-elle à jamais une puissance à part ?
Agnès V.













































